Thierry

Thierry Ardisson est mort, à 76 ans, un 14 juillet. Bien vu pour un royaliste.

Pour la génération de nos parents, puis la nôtre, il restera un génie de la publicité, de la télévision, qui a réinventé une part de notre relation à ces médias. Comme peu d'autres, il a marqué son temps... à sa manière ajouteraient certains. Car son génie s'exprimait avec son lot de provocations, parfois aux dépens des autres. Avec l'arrogance d'un personnage (surjoué), parfois détestable.

Pourquoi en parler ici ? Ardisson était de nombreuses choses qui pouvaient me déplaire, comme tout l'inverse. D'une certaine manière, il m'a toujours fasciné et appris. À travers lui, ses émissions, puis d'autres ensuite, j'ai compris que l'on pouvait avoir le courage de parler vrai, d'assumer un certain cynisme, un goût du noir que l'on ne porte pas qu'à travers sa garde-robe, de vivre qui l'on est, librement.

Puis il n'avait pas le permis de conduire. Moi non plus. Je dis souvent que "les gens bien n'ont pas le permis". C'est sans doute assez faux, mais je trouve que ça boucle bien. Surtout, quand Thierry Ardisson parlait de lui, j'ai souvent eu cette sensation étrange de me retrouver, de me dire que j'aurais pu prononcer des propos similaires, qu'il mettait des mots sur certaines de mes sensations.

Son décès même résonne d'une manière qui me touche. Je crois en peu de choses, mais j'ai choisi de croire au Karma (l'abus de Earl est bon pour la santé). À cet 'effet Doctor Who' qui consiste à penser qu'au bout des choses, ce qui compte, ce qui restera de nous, c'est la somme des impacts que notre destin aura eu sur celui des autres. Et donc, d'une certaine manière, de nos choix.

On le voit, Thierry Ardisson était aimé. Nombreux témoignent aujourd'hui de l'impact, souvent invisible du grand public, qu'il a eu positivement sur leur vie, sur leur carrière, sur leur manière de penser et de voir le monde. Nombreux pourraient sans doute aussi témoigner de l'inverse. Mais j'ai la faiblesse de penser que lorsque l'on trouve tant de monde pour se rappeler de votre œuvre, de l'impact positif que vous avez eu sur eux, le travail est accompli. Et d'une certaine manière, vous ne mourrez jamais.

Rares seront parmi nous ceux qui y parviendront. L'essentiel, c'est d'essayer.